"Certaines femmes algériennes qui fument sont mises à l’écart, elles ne sont pas considérées comme des femmes arabes."

Dire que je connais des femmes arabes c’est beaucoup dire, je ne sais pas bien pourquoi mais j’ai des difficultés pour aller vers elles. J’ai une amie algérienne qui comprend ma vie et qui l’accepte. Certaines femmes algériennes qui fument sont mises à l’écart, elles ne sont pas considérées comme des femmes arabes. La femme arabe n’a pas le droit de fumer, elles ont honte. Je fume oui mais je leur dis que je connais le Coran mieux qu’elles, que je fais mes prières, que je fais le ramadan, je pratique bien ma religion chez moi et je ne vois pas en quoi le fait que je fume va changer quelque chose.
Cette amie était vraiment d’accord avec ce que je dis, elle est d’accord la religion n’a rien à voir avec cela et pourtant, elle met le foulard. Le principal pour la femme arabe c’est de faire ses prières et tous ses devoirs à la maison. Fumer n’est pas un problème. Chacun sa vie, chacun fait ce qu’il veut.
Je connais une femme algérienne depuis 3 ou 4 ans environ. Elle vient d’Algérie, elle est mariée, elle a aussi 5 enfants et tous les jours on conduit nos enfants ensemble à l’école, on va les rechercher ensemble. On va ensemble ou chez Cora ou chez Leclerc ou sur le marché. On fait tout ensemble. Parfois je vais chez elle prendre un café l’après-midi et on discute sur l’Algérie, sur les événements qui arrivent en Algérie. On est d’accord, on n’est pas d’accord. Tel ou tel ministre ment.
Par exemple pour le séisme qui a eu lieu malheureusement en Algérie. Mon amie n’y croit pas, elle dit que lors du séisme de Chlef en 1982 des gens, des Pays ont envoyé beaucoup de choses mais on a jamais vu ni eu ces choses là. Je sais car je suis de Chlef. Moi, j’étais surprise car je croyais ce que le ministre disait : la France, l’Italie, le Maroc, la Tunisie nous envoient des aides, des couvertures, du lait, des médicaments, des vêtements. J’ai demandé où tous ces produits allaient s’ils n’étaient pas distribués aux gens qui en ont besoin. C’est déjà arrivé m’a-t-elle dit. J’étais petite mais je me souviens bien que les gens attendaient des choses et ne les recevaient pas. J’ai dit, je suis là depuis 1988 et toi depuis 1996. De 1988 à 1996, il est arrivé tellement de choses, tu dois connaître mieux que moi qui n’étais pas présente. Mon amie a dit qu’il était arrivé des choses terribles, terribles : ce que j’ai vu avec mes propres yeux, ceux que j’ai entendu crier…
Maintenant mon amie vit ici mais chaque fois qu’elle entend la sirène au début du mois, elle a une grande peur comme celle de la guerre dans le temps. Elle se souvient de l’Algérie, des attentats, tout cela et elle a peur. Son mari lui dit, il ne se passe rien ici, on est en France. On essaie la sirène pour voir si elle fonctionne, c’est tout. Elle m’a dit : les premières années, j’ai souffert parce que tout m’est resté en tête, dans les oreilles, comme une casette enregistrée qui tourne, qui tourne et je vois les choses qui se passaient en Algérie, les morts, même les têtes coupées et accrochées sur des poteaux. Terrible.
Maintenant ça va dit-elle. J’ai accepté la vie ici, ce calme. Rien qui éclate ici, rien qui éclate par là, plus de coups de feu, plus de sirène sans arrêt.
Je lui ai dit qu’elle en avait des choses à raconter sur ce qui s’est passé en Algérie. Elle m’a répondu qu’elle n’aimait pas en parler parce que dans les jours qui suivent elle se rappelle toutes ces choses arrivées et souffre trop. Tous les souvenirs qui sont à l’intérieur d’elle ressortent en surface et elle ne veut pas revivre cela encore une fois.
Alors, on reparle de ce qui se fait ici, les soldes, les magasins. On ne parle pas de là-bas.
Si je l’ai questionnée, c’est pour savoir si ce que l’on nous raconte à la radio, à la télé est réel ou pas. On reparle des tremblements de terre par rapport à un ministre qui ne fait pas son travail, qui doit le faire pour les pauvres gens et pourquoi les aides qui arrivent ne vont pas directement à eux. Ça va à d’autres gens qui profitent et les pauvres attendent.

Fatima A.
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