"J’aurai peut-être besoin d’aide, mais je sais que les hommes, là-bas, ce sont des chacals ; ils sont tout le temps après les filles."

On ne pouvait pas trop sortir. Tout le temps avec les cousins, c’était soûlant ; la mentalité, c’est zéro. De la famille et surtout du bled, c’est encore pire. Quand je regardais mes voisines, ce sont des jeunes, elles s’habillent normal. Je ne comprends pas pourquoi on n’a pas le droit de sortir habillées comme ça. Je ne trouve pas ça bien du tout !
Pour ce qui est des sorties, c’est moyen. On n’a pas été en soirée, on ne pouvait pas aller à la plage toutes seules.
J’y retournerai, mais toute seule, j’irai dans la maison de ma mère. Si j’y vais dans trois ans, j’aurai vingt ans, il n’y aura personne pour s’occuper de ma vie, je serai majeure ! Ils ne pourront pas me donner des ordres. Comme je serai dans la maison de ma mère, si je veux les accueillir, ils viendront ; si je n’ai pas envie, ils resteront dehors, ils n’auront pas trop le choix. Voilà ce que je pense, ils m’ont tellement dégoûtée que je n’ai même plus trop envie d’y retourner, sauf pour aller voir ma famille et passer des vacances. J’aurai peut-être besoin d’aide, mais je sais que les hommes, là-bas, ce sont des chacals ; ils sont tout le temps après les filles. A ce point là, ils abusent quand-même ; ils ne vont pas m’agresser comme ça. Si je sors dans la journée, je sors toute seule mais pas la nuit, sauf si une copine veut venir. Quand je vois que le frère tape sa sœur parce qu’elle était habillée en moulant, c’est grave. Parce qu’elle est sortie cinq minutes pour accompagner ses copines dehors ! Je trouve qu’elle n’est pas du tout coupable, elle était habillée normal quoi ! Je ne sais pas ce qu’ils ont. J’en ai discuté avec elle, elle m’a dit : « qu’est ce que tu veux que je fasse ? ».
Elle a vingt ans, elle ne peut rien faire. Moi, je me suicide , je ne peux pas vivre là-bas , je suis bien en France ! Ok, peut-être que l’Algérie c’est mon bled mais je ne pourrais pas aller vivre là-bas, je n’y arriverais pas. Comme j’y vais tous les trois ans, je n’y reste qu’un mois et que je suis pratiquement enfermée sur le balcon, je ne pense pas que je trouverai quelqu’un là-bas. Je veux dire , il y en a assez en France ; je ne vois pas pourquoi je prendrais un homme du bled, ça ne m’intéresse pas. Tout ce qu’ils veulent, c’est le visa, donc non pas du tout pour moi.

Souad M.
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