"J’aime bien me sentir utile et faire quelque chose de ma vie, ne pas rester à la maison, bloquée, sans rien faire."

Oui à Châlons-sur-Marne, j’étais très heureuse. Mon mari a pris sa retraite et a décidé de venir à Verdun… Je n’ai pas accepté de venir à Verdun, parce que Verdun c’était la solitude pour moi, je ne me trouvais pas dans mon monde. C’était l’isolement. Avant de se marier la première fois premier mariage, il a vécu 18 mois, ici à Verdun, et ça lui avait plu l’ambiance il a vécu heureux et il a cru retrouver la même ambiance… mais malheureusement quand vous partez et que vous revenez 30 ans plus tard, c’est différent, c’est pas pareil, mais lui, vous voyez, il ne le reconnaît pas... Pour lui , il était bien, et c’est tout, il fallait se soumettre et s’y résoudre.
Moi, j’ai pas pu l’accepter, ici pour moi c’était la fin, la dépression, le déclin. Des médecins m’ont soignée, ils m’ont aidée à aller mieux. Ils m’ont aidé à reprendre le dessus. Au moment où j’allais mieux, où je pensais, j’espérais reprendre mes recherches, là, j’ai atterri à Verdun et Verdun, c’était le déclin.
Et vraiment les moments heureux, c’est quand j’ai présenté l’écriture, ici, avec l’AMATRAMI, en 97. Ca vraiment, c’était quand même des moments de bonheur, parce que je me sentais revivre. J’aime bien me sentir utile et faire quelque chose de ma vie, ne pas rester à la maison, bloquée, sans rien faire. Je n’ai même pas le courage de travailler, de rien faire.
Alors maintenant, mon état de santé se dégrade de plus en plus, je ne me sens plus capable de faire quoi que ce soit. Le fait de l’isolement, le… bon… avant, j’avais quelqu’un, il y avait une dame qui m’aidait à faire les courses gentiment, mais après elle s’est arrêtée au bout de 7 ans, bon, c’est vrai, elle avait des problèmes de santé, elle ne pouvait pas continuer.
Et là, c’est pas facile de trouver une personne à son gré, qui ait la même culture que vous, qui puisse vous comprendre Vous savez, moi, à Châlons, je n’avais pas besoin de m’exprimer, je n’avais pas besoin de m’exprimer, pour quoi que ce soit…
Il y avait quand même une entente cordiale, avec les gens. Et puis, bon, j’avais fait des connaissances justement, avec un couple. Un médecin avec sa femme, c’étaient des algériens. J’avais fait connaissance aussi d’un, psychologue avec sa femme. Et j’ai passé comme ça, avec eux, deux ou trois soirées c’étaient des soirées culturelles, et moi j’aimais beaucoup ces soirées culturelles, voyez-vous. On apprenait plus, c’est à dire on apprenait beaucoup de choses et ça détend, ça fait du bien. Voyez-vous quand vous sortez dans un milieu qui est le vôtre, ce n’est pas un milieu où vous vous sentez étrangère.
J’avais une amie qui était infirmière, avec qui j’ai gardé toujours le contact. Quelquefois quand elle n’avait pas le temps de voir un documentaire, alors elle l‘enregistrait. Au moment où elle avait un jour de repos, où elle ne travaillait pas, elle m’invitait à le voir ensemble et elle me décrivait, voyez-vous, elle était mes yeux… des motifs ou des modèles. Et je transcrivais en braille, je lisais beaucoup, et là depuis que je suis malentendante, je suis très malheureuse.
Avoir une cécité c’est d’accord. Avoir deux cécités c’est un peu trop. Bon je ne me plains pas, certes. Mais ici, vous savez j’ai l’impression de subir l’humiliation, à cause de ma cécité, c’est pas à cause d’autre chose c’est à cause de mon handicap.

Ouahiba Z.
Témoignages/France/Vie Sociale