"Je suis restée dix jours à la maternité et en sortant je parlais en français."

A mon arrivée en France, je n’avais pas l’habitude de vivre comme cela. Et j’étais tellement loin de ma famille, de ma mère, de mes sœurs que je n’arrivais pas à accepter d’être éloignée d’eux, je n’arrivais pas à vivre aussi loin de ma famille et de l’Algérie.
Mon premier mari avait pris sa décision en Algérie de rester en France pour y vivre. Mais moi j’ai dit que je ne veux pas vivre ici. C’est vrai, il y a tout, les choses qu’on peut avoir, une vie différente, une vie comme on veut, le droit à certaines choses, celui de parler et de dire ce que l’on pense. Mais j’ai dit, je ne veux pas rester ici mais il m’a obligée de rester d’une telle façon que j’étais malheureuse, toute seule alors que je ne connais pas la langue, ni la loi. Il a profité de tout, il parlait pour moi. Certaines choses qu’il dit je ne les comprends pas.
Sur la façon dont l’Etat fonctionne, il a menti sur tout. J’étais comme on peut dire en français ‘‘roulée dans la farine’’ et là avec le 3ème enfant j’ai dit il faut que je parle français. J’habitais dans les Ardennes et j’ai senti que si je continuais à ne pas comprendre, j’allais avoir des problèmes.
Le 3ème enfant est né en 1989 en décembre dans les Ardennes, j’ai donc vraiment décidé à apprendre le français : le comprendre, le parler. Afin que je puisse comprendre pour moi et pour mes droits parce que la personne avec qui je vivais était un homme qui n’avait aucun sens de la vie. Il aimait bien boire, sortir, faire la fête mais pas du tout un homme qui voulait construire un foyer, un homme qui a le caractère d’un gosse qui veut fumer un petit joint, boire une bouteille… Je n’arrivais pas à supporter tout cela. Il amenait des copains à la maison pour faire la fête toute la nuit. Moi, je n’ai pas l’habitude à cela et je n’arrivais pas à l’accepter.
Quand je suis rentrée à la maternité pour accoucher de mon 3ème enfant, j’ai rencontré une femme française qui m’a dit ‘‘tu sais parler mais tu as peur de sortir les mots donc il faut essayer sans t’occuper du jugement des gens, c’est comme ça que tu arriveras. Ne fais pas attention si les gens se moquent de toi parce que tu dis des mots de travers, ça n’a pas d’importance’’.
Je suis restée 10 jours à la maternité et en sortant je parlais en français. J’ai arrivé à comprendre et à parler grâce à cette femme qui m’a vraiment aidée. Tous les soirs on discutait et elle me corrigeait, m’expliquait des mots. Quand je suis sortie de la maternité, j’arrivais à comprendre et à me faire comprendre. Je me défends.

Fatima A.
Témoignages/France/Adaptation