"Il m’avait sous-estimée, me voyant non-voyante, il s’était dit c’est pas possible que celle-là elle puisse faire des travaux manuels."

Au début, c’est vrai, je n’avais pas la parole facile, j’étais très timide,très timide et j’ai commencé à travailler..
Quand j’ai commencé à travailler, le directeur m’avait placée à… comment dirais-je, au secrétariat. Il voulait pas me donner de local, il voulait pas me donner, c’est à dire, de machine pour commencer à enseigner, à travailler…Il m’avait sous-estimée, me voyant non-voyante, il s’était dit c’est pas possible que celle-là elle puisse faire des travaux manuels.
Au secrétariat, il avait vu que j’étais capable de taper du courrier à la machine, voyez-vous, à la machine. Et, à la suite de ça, il m’a dit l’année prochaine on organisera ton programme et tu travailleras, mais maintenant c’est la fin de l’année, alors suis le rythme, on peut pas refaire le programme à nouveau.
Bon pendant les deux mois, j’ai continué à travailler dans les bureaux, mais en septembre, à la rentrée, monsieur, au lieu de tenir sa promesse, il établi mon programme, mon emploi du temps si vous voulez, et après, au lieu de me donner un local, de me placer, de me donner le matériel pour travailler, non ! Il me donnait à faire des études surveillées, et à faire une classe d’initiation. Moi, je n’étais pas arabisée à l’époque.
C’est vrai, là-bas sur place j’ai appris travailler, c’est-à-dire l'arabe, à lire et à l’écrire en braille, mais cette classe n’était pas faire pour moi. Un jour j’ai rouspété près des surveillants, ils sont allés lui rapporter que j’étais en train de rouspéter, il m’appelle dans son bureau il me dit voila une voyante et illettrée peu faire ce que tu fais.
Ah bon, si c’est ainsi, je renonce, je pars. J’ai claqué la porte, et je suis sortie, j’ai attendu mon père.
Comment tu vas pas regretter c’est toi qui as voulu. Personne ne t’a obligée ?
Je lui ai raconté l’histoire, alors mon père, après, il m’a fait un courrier, bien tourné, parce que c’était un homme très cultivé il m’avait dicté, et j’avais tapé à la machine et je l’ai envoyé au ministère.

Ouahiba Z.
Témoignages/Femme/Travail