"En Algérie, la femme est toujours considérée comme mineure."

Je voudrais parler de l’Algérie au temps où je vivais là-bas particulièrement des années qui vont de 1976 à 1981. j’ai été à l’école, j’ai été scolarisée, j’ai été élevée par une femme qui n’avait pas de mari. On était 10 à la maison (9 filles et 1 garçon) je revois comment ma mère nous élevait. Le garçon était le plus grand mais on était élevé tous de la même façon sans distinction de sexe. Tous, nous étions scolarisés. Ma mère travaillait chez des gens : elle travaillait la laine, lavait le linge … pour arriver à nous élever.
Car il faut bien redire qu’en Algérie, la femme n’a pas de droit par rapport à l’homme.
La femme n’a pas le droit de demander une parcelle de terre pour l’aider à vivre. La femme qui a 5 ou 6 enfants ou plus doit se débrouiller pour faire vivre ses enfants. Sinon ce sont les oncles qui se présentent pour marier les filles et les enfants sont séparés dans la famille.
Notre mère avait sa propre maison qu’elle avait hérité de sa mère et n’a donc pas accepté que ses enfants soient partagés dans la famille. Parce que chaque oncle ou chaque tante prend un enfant et les frères et sœurs sont divisés. Ma mère a refusé cela et c’est pourquoi je dis que ma mère était une femme libre. Libre de sa vie, libre de ses enfants, libre de ses pensées. Tous les jours elle nous obligeait à aller à l’école.
Nous, on aurait bien voulu ne pas y aller tout le temps car on voyait ma mère très fatiguée par tout le travail qu’elle devait assumer et on aurait bien voulu lui donner un coup de main à la maison pour qu’elle ne se fatigue pas autant pour nous mais elle n’acceptait pas. Je me débrouille toute seule disait-elle mais tant que je serai sur mes jambes je veux que mes enfants aillent à l’école afin qu’ils aient un métier fille ou garçon car pour moi femme ou homme c’est pareil. Il ne faut pas compter sur les autres pour vivre. Demain, tu vas grandir, tu vas te marier, tu auras des enfants, je ne veux pas que vous fassiez le travail que je fais moi. Vous ferez autre chose : mieux.
Quand je suis arrivée en France, je m’étais mariée à l’âge de 15 ans et j’avais 3 enfants de mon premier mari, je n’étais pas vraiment surprise par la culture française car j’avais déjà été élevée dans la liberté de penser, d’exprimer ce que je pensais donc contrairement à certaines femmes je n’ai pas été vraiment surprise.
La culture française m’a beaucoup aidé car en Algérie, je n’arrivais pas à vivre avec mon caractère. Je n’arrivais pas à sortir avec obligation de mettre le voile pour aller chercher du travail, aller à la boulangerie, à la bijouterie, au restaurant. J’étais trop coincée et je n’arrivais pas à vivre avec tout cela. C’était comme si j’avais trouvé ce que je cherchais : sortir comme je veux, élever mes enfants comme je veux, travailler comme je veux, dire ce que je pense à mon mari et pas vivre dans la crainte du mari, ne pas pouvoir dire ce que l’on veut mais moi je dis que quand l’on est marié l’on vit à deux et c’est donc à deux que l’on doit dire les choses.
La France m’a vraiment apporté une liberté que je n’avais pas là-bas, là-bas on nous mariait sans qu’on puisse choisir le mari ou refuser le mari imposé. Notre vie là-bas était choisie non par notre mère mais par la famille car chez nous la femme quelque soit son âge est toujours mineure.
La femme n’a aucun droit.

Fatima A.
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