"C’est malheureux à dire mais il a fallu un tremblement de terre pour qu’il y ait une solidarité entre Algériens."

Au début en 1996, j’étais assez hésitante. Je n’arrivais pas à oublier ce qui s’était passé là-bas. J’ai décidé malgré moi parce que mon mari essayait de me rassurer et qu’il y avait dans sa famille une personne de confiance j’ai accepté de partir pour voir un peu comme cela se passait en Algérie.
Je suis partie, les choses avaient évolué. J’ai pu passer de vraies vacances, mes enfants aussi. J’ai visité d’autres endroits, Alger surtout. J’ai trouvé que l’Algérie était un pays magnifique. Chaque fois que j’y retourne, il y a du changement. Cette année, au niveau de l’accueil, au niveau de la douane, cela été vraiment super. Avant au niveau de la fouille, il n’y avait ni un bonjour, ni un signe de bienvenue, l’on nous parlait comme à des chiens. Je n’appréciais pas du tout, que ce soit à la douane, dans l’avion ou sur le bateau c’était pareil. C‘était malheureux entre algériens d’avoir un tel rapport.
Cette année, nous avons été bien reçus ; j’ai même été invitée à écrire sur un carnet comment nous avions trouvé le passage en douane, si nous avions été bien accueillis, si nous n’avions pas trop attendu … ce n’était pas le cas, tout s’est bien passé.
Au niveau de l’Algérie même, j’ai constaté une évolution. Au niveau des sorties par exemple. Je sors avec des tantes, des cousines. Le regard des Algériens a changé. Autre exemple, avant quand une femme montait dans un bus, même avec un enfant dans les bras, elle restait debout s’il n’y avait pas de place assise. J’ai été étonnée de voir les hommes se lever pour laisser aux femmes des places assises. Avant, la femme n’était pas respectée. J’ai vu aussi beaucoup plus de femmes sur le terrain.
Cette année, j’ai demandé à vivre avec les sinistrés, avec l’Armée, les pompiers. On nous a installé une tente à la plage et j’ai pratiquement passé toutes mes vacances comme cela. J’ai rencontré des médecins, des psychologues. Les sinistrés ont vraiment été pris en charge à 100 %. Par rapport à ce que l’on a vu à la télé, c’est très différent. Je m’attendais à trouver les gens délaissés, c’est le contraire que j’ai constaté. Les gens sont protégés par l’Armée et les Pompiers vivent avec eux 24 heures sur 24. La nourriture leur est distribuée matin et soir. Médecins et psychologues viennent quotidiennement pour les enfants, pour les femmes. Beaucoup de préventions ont été faites pour les femmes : problème de santé, contraception, beaucoup de choses ont été organisées. Des sorties étaient organisées pour les enfants, des jouets et des vêtements étaient distribués. J’ai trouvé qu’il y avait une très bonne prise en charge. L’oncle de mon mari avait une maison secondaire sur la plage, elle s’est effondrée. C’était une villa de vacances. Nous avons pu voir tous ces gens vivant dans des tentes.
Je voulais me rendre compte de certaines choses et si l’aide qu’on attendait venir de 56 pays arrivait ou non. L’Egypte, la Turquie, pas mal de pays ont fait le nécessaire. L’électricité est installée. Les gens ont de l’eau 24 heures sur 24 et j’étais surprise de voir cela. On aurait dit un camp de vacances. C’est malheureux à dire mais il a fallu un tremblement de terre pour qu’il y ait une solidarité entre Algériens. Quand je vois l’homme passer ou une femme passer, voir un mendiant dans le besoin et ne pas s’y intéresser, je me répète, il a fallu un tremblement de terre pour que les gens se voient, se parlent. J’ai rencontré des femmes qui étaient voisines et ne se parlaient pas et qui se sont rencontrées dans le camp et qui discutaient ensemble le soir ou au lavoir. Des contacts se sont faits. Moi-même, je me suis fait des amis avec des gens que je n’aurais jamais rencontrés.

Lila S.
Témoignages/Algérie/Etat