"L’Etat vit bien, lui... Mais le peuple ? Qu’est-ce qui arrive à ce peuple ?"

J’ai été surprise par rapport à ce que l’Etat fait. L’Algérie est riche de ses terres, de son pétrole, de son or, riche de tout.
Qu’est-ce que c’est ce peuple qui laisse les enfants travailler, à faire n’importe quelle tâche. A 16 ans, ils portent le panier des personnes jusqu’à leurs domiciles pour recevoir 50 dinars, 100 dinars. Avec 100 dinars, il n’est pas possible d’acheter un kg de viande. Le poulet coûte 200 dinars le kg. Qu’est-ce que fait l’Etat ?
L’Etat vit bien, lui... Mais le peuple ? Qu’est-ce qui arrive à ce peuple ?
Les enfants travaillent au lieu d’aller à l’école. C’est terrible de voir des situations où le père est malade ou bien accidenté du travail sans être assuré ce qui l’empêche de se soigner ou bien des mères de famille décédées lors d’un dixième accouchement parce qu’elles n’ont pas été soignées.
Cela faisait 15 ans que je n’étais pas venue dans mon pays. J’y suis allée l’année dernière, j’étais heureuse d’y aller, très heureuse mais j’avais peur aussi, j’avais le frisson, j’avais toutes sortes d’émotions. A la douane l’on m’a demandé ce que j’avais, pourquoi je tremblais comme cela comme si j’avais froid alors qu’il faisait très chaud. J’ai répondu qu’après une aussi longue absence j’étais heureuse mais impatiente de me rendre compte de l’évolution du Pays. Je suis un peu inquiète de ce que je vais trouver derrière ces portes.
Est-ce l’Algérie que j’ai laissée ou une toute autre Algérie ? Qu’est-ce que les femmes peuvent faire, est-ce qu’elles peuvent sortir, se promener ? Quand je suis arrivée dans ma ville natale je n’ai pas reconnu les rues, je ne connais pas les gens mais je vois des gens pauvres dans la rue, mal lavés, mal habillés, malades, des femmes, des enfants…
J’étais venue de France en Algérie pour passer des vacances comme une reine car j’avais un peu d’argent mais j’avais tellement mal que je n’arrivais pas à sortir pour m’amuser. Je n’arrivais même pas à rire. J’avais vraiment mal pour eux et je me questionnais pour savoir comment je pouvais aider ces personnes qui souffrent tant. Je ne comprends pas pourquoi l’Etat ne leur trouve pas la terre pour leur permettre de travailler.
Je sortais parfois de la ville et je regardais les gens passer. Ils me regardaient aussi parce que j’étais différente d’eux. Ils me demandaient d’où j’étais. Je leur répondais que je venais de France où j’habite. Ils me demandaient si j’étais d’ici. Je répondais que j’étais née ici, que j’avais été élevée ici, que j’avais grandi ici, que je me suis mariée et que je suis partie vivre en France et cela fait très longtemps que je ne suis pas venue au Pays. Mais je suis algérienne comme vous, je parle en arabe, je parle français, je parle les deux langues. Beaucoup de filles riaient en me disant que j’avais de la chance de vivre en France.

Fatima A.
Témoignages/Algérie/Etat