"En Algérie, j'ai le souvenir de ces légumes qu'on mangeait et de ce lait qu'on buvait : tout était frais et naturel. Les frigos n'existaient pas."

Oui, et bien, ça y est, c’est l’Algérie qui gagne dans le pays, les Algériens ont gagné le pays. Moi, j’ai perdu ma mère, c’est ma sœur qui s’est occupée de moi, je suis restée toujours avec ma sœur, qui était mariée. Elle a perdu son mari aussi, dans la guerre, elle est restée avec 3 enfants, et avec moi, ça faisait 4. C’est elle qui s’est débrouillée, qui cherchait à manger, qui travaillait chez les gens, qui demandait aux gens à manger parce que… pas de maison, il n’y avait rien… on était trop pauvres quoi !
Je suis restée toujours avec ma sœur, j’ai grandi, je suis restée avec ma soeur tout le temps, tout le temps. Après elle a eu la maison, dans la ville, avec un jardin, on avait tous les fruits dedans. Je faisais les légumes, tout , moi et ma sœur qui me montrais. J’ai travaillé la terre, j’ai fait tout, tout au jardin moi et ma sœur, et puis tout aussi au dedans...
Je suis restée avec ma sœur jusqu’à 18 ans, après je me suis mariée, ma sœur s’est occupée de me marier… Et après, j’ai dû divorcer. Parce que ma sœur habitait dans un petit village, et ma tante dans une ferme, il y avait beaucoup d’animaux, la vache, les chèvres, les moutons, tout, il y en avait beaucoup. Moi, j’allais chez elle, je restais chaque fois un mois, 15 jours, je me sens très bien, à boire le lait frais, à manger les légumes frais, je sens encore tout très, très bien. Je dors bien, toutes les choses sont propres, toujours naturelles, ça n’existe pas les frigos, les congélateurs chez nous ! Par exemple, elle a un grand terrain, elle vit comme les paysans, il y a des poulets, des lapins, des dindons il y a toute la basse-cour qui vit chez les paysans ! Il y a tout, même les fruits frais, elle a un grand jardin ! Tous les fruits : les pommes, les pêches, les abricots, les figues, les raisins, tous les fruits, je n’achète pas au marché, jamais ! Les carottes, les navets les courgettes, les œufs, les petits pois, les patates, l’ail, les oignons, les haricots, la salade. Tout, tout, tout, tout, tout !!
Jamais, je ne vais au médecin, jamais ! Même ma sœur, même mes enfants ! Jamais, je n’ai connu le médecin ! Même le pain, je ne l’achète pas au boulanger, je le fabrique toute seule, le couscous ? toute seule, les pâtes ? toute seule, toujours à la maison !
Je réfléchis toujours, chaque fois que je vais dormir, je réfléchis toujours comment j’ai fait quand j’étais petite, oh, là, là ! comment je mangeais, comment je dormais, comment je jouais avec mes amies. Je réfléchis à toutes les filles, comment je jouais avec elles… maintenant chacun s’est marié, chacun a fait sa vie, maintenant si je les retrouvais, je ne les reconnaîtrais pas.

Djemaia M.
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