"Vivre en Algérie cétait vivre dans un pays que je ne connaissais pas - donc cétait très difficile pour moi."
Moi, je suis née en France. Jai grandi en France. Je me suis mariée en Algérie en 1989. Jai vécu alors 2 ans en Algérie et je suis revenue vivre en France définitivement en 1992.
Pour moi, lintégration a été difficile en Algérie. Quand on est né en France on a lhabitude du confort, on vit à la française. Vivre en Algérie cétait vivre dans un pays que je ne connaissais pas donc cétait très difficile pour moi. Contrairement à dautres enfants, on parlait français à la maison en France, mes parents parlaient algérien entre eux et quand je suis arrivée en Algérie je ne savais pas du tout parler lalgérien. Cela a été très dur. La culture était très différente. A part faire la prière et Ramadan, je ne connaissais rien à ce qui se faisait ou pas.
Jhabitais dans une ville ni peuplée, ni riche. Cétait plutôt la campagne et cétait difficile de mintégrer, difficile daccepter, je ne pouvais accepter. Et puis, je me suis mariée, selon la coutume, pas un mot à dire. Mes parents étaient très très stricts dans leur religion. On ne ma pas demandé mon avis et mon rêve est parti. Quand jai mis les pieds en Algérie, un rêve détudes sest envolé. Je me suis mariée mais sans mon consentement. Par chance, je suis tombée sur quelquun de patient avec moi, les choses se sont faites tout doucement. Cest lui qui ma expliqué la vie en Algérie, la façon de vivre, la façon dêtre.
Je me suis faite à ce pays petit à petit mais dans ma tête je noubliais pas la France ni les copines. Subitement javais été coupée de tout. Javais 18 ans quand je me suis mariée et petit à petit jai fini par accepter mon sort : je navais pas le choix. Ensuite, je suis revenue vivre en France. Mon mari ma suivie, contrairement à dautres femmes algériennes cest moi qui lai fait venir en France. Son père travaillait en France en tant quimmigré, avait toute sa famille en France et quand il a compris que jétais mal dans ma peau, très mal, il a accepté de vivre en France avec moi. Il ma suivi mais cétait à moi de lintégrer en France. Entre temps, nous avons eu nos enfants qui sont nés en France.
Pour lui, cela a été facile car jétais là. La langue était difficile pour lui : il ne la parlait pas et ne savait bien sûr ni lire, ni écrire mais il avait mon appui pour laider dans les démarches, sortir, sexprimer avec les gens. Bien sûr aujourdhui ça va mieux, il na plus besoin de moi. Jai eu tout de même du mal à panser mes blessures et je ne pensais pas pouvoir retourner en Algérie car javais eu trop mal à accepter la vie algérienne et même lAlgérie.
Mais en 1996, jy suis retournée parce que je ne peux pas renier mon pays, ma culture même si je suis née en France mais cette fois sans les parents. Seule avec mon mari et là, jai eu une autre image de lAlgérie. Jai eu le coup de foudre pour ce pays de qui javais une toute autre image et cest cette année là que jai aimé mon pays. Depuis nous y allons souvent, mon mari voyage plus que moi.
En 1997, jai décidé de construire là-bas, jai donc construit et depuis nous y allons pratiquement chaque année et je voulais absolument retourner suite au tremblement de terre parce quil fallait que je voie et jai été très surprise de voir comment cela se passait et cest avec beaucoup de plaisir que je vois le changement. Je suis très attentive à tout changement que ce soit civil, administratif ou gouvernemental et tout ce qui concerne les femmes et les enfants. Je suis fière de cette évolution.
Lila S.
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