"On ne peut pas dire, tiens on est mal aujourd'hui, on va aller au cimetière..."

C'est un cousin. Mais le fait qu'on était à Verdun, ça le rendait plus proche. Quand je suis arrivée en France, c'était pour moi comme un frère, comme un père. Quand on est loin de son pays, même si c'est un ami, on le considère comme un frère - alors quand c'est quelqu'un de la famille...
Quand on l'a perdu, ça a été dur pour nous tous. C'est pire quand on enterre quelqu'un en Algérie. C'est bien de ramener le corps en Algérie et de l'enterrer là-bas, au milieu de la famille, mais quand on revient en France, ce n'est pas pareil - parce qu'il n'est pas présent. On ne peut pas aller au cimetière. Il ya l'image, il y a le souvenir, il ya tout de lui mais quand c'est quelqu'un de cher qu'on enterre là-bas et qu'on revient... C'est dur quand on meurt ici en France. C'est dur pour la famille autour : il manque.
C'est pas pareil la mort en France et la mort en Algérie, ou au Maroc. Et le fait de ramener le mort au pays et de revenir en France, ça rajoute au chagrin. C'est plus dur, il n'y a rien. On ne peut pas dire, tiens on est mal aujourd'hui, on va aller au cimetière... là il n'y a rien, tu peux pas.
Il n'y a pas la famille tout le temps près de toi. D'accord ils viennent, mais là-bas, il y a les frères, les sœurs, les plus proches - c'est pas pareil : c'est plus dur.
La mort, ici en France, c'est plus dur que la mort en Algérie. Moi, quand j'ai perdu ma mère, je suis rentrée. Au début, c'est sûr, c'était dur mais après, le fait d'être entourée par toute la famille me faisait sentir que j'étais soutenue. Tant que j'étais là-bas, il n'y avait pas de problème mais quand j'ai du repartir et que je les ai tous laissé à l'aéroport... C'est dur ! C'est dur quand on vient ici. C'est pas facile, il faut qu'on vive avec. Qu'on vive pour les enfants et le mari.
Et cette femme dont on a enterré le mari, c'est dur. Quand elle est rentrée, elle s'est vite retrouvée seule : les filles sont retournées à leur travail et les garçons repartent dimanche continuer leurs études. Elle va se retrouver toute seule au milieu de son F5 vide.
Elle aurait été au bled, c'était pas pareil. Tous les proches seraient resté pendant les 40 jours - c'est pas pareil du tout. Pour la mort, c'est vraiment trop dur. C'est la même image que celle du souvenir de notre arrivée en France. Aussi difficile. Oui la mort c'est normal. On passe tous par là. C'est vrai qu'on est bien ici, que les autres familles arabes viennent la soutenir - ils sont tous venus et revenus mais c'est pas comme là-bas.
S'il était enterré près d'elle, dès qu'elle a mal, elle irait au cimetière. Ici en plus à Verdun, il n'y a rien ; les enfants sont obligés de partir pour faire leurs études ou travailler : ici ils sont tous loin des parents.
Après l'enterrement, on est ensemble en famille, et puis, très vite, on se retrouve seule. Il faut pouvoir supporter cela. Surtout qu'elle n'est pas très âgée. C'est dur... mais la vie continue. On continue avec, c'est tout. Il y a des choses qu'on ne peut pas oublier.
Quand on était avec elle en famille, tout le monde était resté près d'elle pendant ces 7 jours. Mais ici, même si on va la voir, même si on reste jusqu'à minuit, le soir on repart chez soi car il y a les enfants - là-bas, il y aurait eu toujours quelqu'un avec elle. Elle ne se serait pas retrouvée seule comme cela. C'est vrai, c'est très dur ici.

Aicha A.
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